DPO & IA : enquête CNIL 2025 et feuille de route

Christophe BARDY - GRACES community
10/11/2025
Propulsé par Virginie
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DPO et intelligence artificielle en 2025 : enquête CNIL, enjeux concrets et feuille de route


La CNIL annonce le lancement de son enquête 2025 dédiée au métier de Délégué à la protection des données (DPO) à l’ère de l’intelligence artificielle (IA). Cette initiative intervient dans un contexte d’intensification des usages IA générative et prédictive, de consolidation du cadre européen (RGPD, IA Act) et d’exigences de gouvernance des données qui s’étendent désormais aux chaînes d’entraînement, de déploiement et de supervision humaine des systèmes d’IA. Pour les Compliance Officers et DPO expérimentés, l’enjeu n’est plus seulement la conformité formelle : il s’agit d’orchestrer une conformité « système », intégrée au cycle de vie de l’IA et alignée avec la matérialité des risques.


Pourquoi cette enquête CNIL 2025 est structurante pour la fonction DPO

La démarche 2025 de la CNIL vise à objectiver l’évolution du rôle, des ressources et des contraintes opérationnelles des DPO face aux cas d’usage IA qui se multiplient. Les points d’attention attendus : articulation RGPD/IA Act, registres de traitements enrichis par des inventaires IA, sécurité des données et robustesse des modèles, documentation et traçabilité, DPIA/PIA spécifiques IA, gouvernance des prompts et des jeux d’entraînement, information des personnes et gestion des droits dans des architectures complexes, ainsi que la supervision humaine et l’auditabilité. La CNIL cherche à qualifier la maturité réelle des organisations, les points de friction (outillage, arbitrages métiers, tierces parties), et à identifier des leviers pour un déploiement responsable de l’IA.


Cartographie des responsabilités du DPO face à l’IA

Dans les organisations où l’IA se déploie rapidement, le DPO devient un chef d’orchestre transversal entre juridique, data, sécurité, risques, achats et métiers. Ses responsabilités se concentrent sur : (1) l’inventaire et la qualification des cas d’usage IA, (2) la réalisation ou la revue des analyses d’impact (DPIA) adaptées aux spécificités IA (données d’entraînement, inférences, risques de biais et de discrimination, explicabilité), (3) l’avis sur la licéité des bases légales, l’information et les droits des personnes, (4) l’encadrement contractuel des fournisseurs (y compris modèles et API), (5) la cohérence avec la sécurité de l’information (chiffrement, cloisonnement, journaux, red teaming) et (6) la tenue d’une documentation opérationnelle robuste (traçabilité des versions modèles, prompts, hyperparamètres, sources de données, décisions d’arbitrage, mesures de mitigation).


Inventaire IA et registre de traitements : vers une convergence outillée

Le registre RGPD doit désormais dialoguer avec un inventaire des systèmes d’IA décrivant : finalités et processus, catégories de données (y compris données d’entraînement, de validation, de test), sources (internes, publiques, tierces), bases légales et fondements d’intérêt légitime lorsqu’invoqués, caractérisation des risques et niveaux de sensibilité, interfaces et transferts (y compris vers pays tiers), fournisseurs et sous-traitants, mécanismes d’anonymisation/pseudonymisation, mesures de sécurité, métriques de performance et de dérive, modalités d’information et d’exercice des droits. Cette convergence permet d’activer des contrôles cohérents, de préparer les DPIA, d’accélérer les revues juridiques/risques et de démontrer l’accountability.


DPIA spécifiques IA : profondeur d’analyse et critères de déclenchement

Les DPIA orientées IA doivent documenter de manière renforcée : la description du modèle (type, finalité, périmètre), les catégories de personnes concernées, la granularité et l’origine des données, la logique de traitement et la prise de décision automatique ou assistée, les risques pour les droits et libertés (erreur, biais, exclusion, attente raisonnable, effet de surprise), la réévaluation des bases légales à l’ère des modèles fondationnels, l’impact des transferts internationaux indirects via APIs, la conservation et la gouvernance des jeux d’entraînement. Les critères de déclenchement incluent notamment : traitements à grande échelle, profils vulnérables, décisions produisant des effets juridiques ou significatifs, surveillance systématique, combinaison de datasets hétérogènes, ou usage de technologies émergentes dont les risques sont difficilement anticipables. Les mesures de mitigation doivent être proportionnées, testées et auditées.


Gestion des droits des personnes dans les systèmes d’IA

La gestion des droits (accès, rectification, effacement, limitation, opposition, portabilité) devient plus complexe lorsque les données alimentent des modèles. L’effacement dans les jeux d’entraînement, la traçabilité des sources, la possibilité de réentraîner ou de mettre en quarantaine un modèle, l’explicabilité des résultats, la documentation de la logique de traitement et la mise en place de mécanismes de contestation humaine sont clés. Les organisations doivent anticiper des processus industriels de réponse, avec SLA, capacités de recherche dans les pipelines de données, et procédures de reversibilité pour les modèles impliqués.


Base légale et transparence : attentes accrues

Les cas d’usage IA imposent de revisiter la base légale (consentement, exécution du contrat, obligation légale, intérêt vital, mission d’intérêt public, intérêt légitime) et d’évaluer la compatibilité entre finalité initiale et usages secondaires tels que l’entraînement. Les notices d’information doivent être plus pédagogiques et précises : quelles données sont utilisées, d’où proviennent-elles, à quelles fins, avec quelle logique et quels impacts potentiels. La transparence sur les partenariats, l’usage de modèles tiers et les transferts est déterminante pour la confiance et la conformité.


Supervision humaine, explicabilité et auditabilité

Les organisations doivent décrire et prouver la supervision humaine efficace : seuils d’alerte, possibilité d’escalade, critères d’acceptation/rejet, revues périodiques indépendantes, mécanismes de débrayage. L’explicabilité opérationnelle se décline par des fiches modèle lisibles, des rapports d’évaluation des biais, des analyses d’erreur et des journaux exploitables. L’auditabilité exige une journalisation sécurisée des événements clés, un contrôle d’accès strict et des capacités de relecture par les fonctions Risques, Audit interne et le DPO.


Sécurité des données et de l’IA : du durcissement technique à la résilience

La sécurité doit couvrir l’ensemble du cycle de vie IA : sécurité des données sources, pipelines de préparation, stockage des jeux d’entraînement, environnement d’apprentissage et d’inférence, protection contre l’exfiltration via prompts, validation des contenus générés, gouvernance des secrets (clés, tokens), isolation des environnements, tests d’attaque (prompt injection, data poisoning, model stealing), détection de dérive et plan de réponse. La cohérence avec le SMSI, les politiques de classification et les exigences de minimisation des données est critique.


Fournisseurs, cloud et clauses IA : contracter avec clairvoyance

La chaîne contractuelle doit intégrer : obligations de confidentialité, sécurité, localisation et transferts, audit et droits d’accès, sous-traitance en cascade, réversibilité des données et des modèles, garanties d’effacement, interdiction d’usage secondaire non autorisé des données, transparence des sources d’entraînement, métriques et SLA de performance/robustesse, responsabilité en cas de préjudice, mécanismes d’alerte en cas de dérive, obligations d’assistance à l’exercice des droits, et exigences d’alignement avec le RGPD et le cadre IA européen. Le DPO collabore avec Achats, Juridique et Sécurité pour standardiser ces clauses.


Cas d’usage emblématiques et évaluation du risque

Parmi les cas d’usage récurrents : assistants génératifs internes, scoring marketing, détection de fraude, RH/TA, KYC/LCB-FT assistés par IA, modération de contenus, maintenance prédictive, santé, relation client. Chaque cas présente des profils de risque distincts : intrusion, discrimination, opaque outcomes, mésusage, fuites, contenu généré trompeur. L’approche recommandée : une matrice de risque IA spécifique par typologie d’usage, couplée à des contrôles pré-définis et à des seuils d’acceptation.


Alignement avec la gouvernance des risques et le contrôle interne

L’IA ne peut rester un silo technologique. Le dispositif de contrôle interne doit intégrer des contrôles de premier et deuxième niveaux propres à l’IA, avec une gouvernance claire des responsabilités (Three Lines Model), des comités décisionnels (use-case review, ethics board), et une articulation avec la cartographie des risques, l’appétence au risque et le plan d’audit. Le DPO contribue à la cohérence d’ensemble en s’assurant que la protection des données n’est ni un frein ni un point aveugle.


Mesure de la maturité et indicateurs clés

Pour piloter l’adoption responsable, des indicateurs utiles : couverture de l’inventaire IA, pourcentage de cas d’usage avec DPIA, délai moyen de revue DPO, taux d’incidents/problèmes IA, temps de traitement des droits, taux de documentation à jour, couverture des tests d’attaque, déploiements avec supervision humaine effective, part de fournisseurs conformes aux clauses IA standard, taux de remédiation dans les délais.


Culture, formation et conduite du changement

Les équipes doivent comprendre les fondements de la protection des données appliqués à l’IA et les risques associés. La formation ciblée (produit, data, sécurité, juridique, métiers) et des supports pragmatiques (checklists, modèles de DPIA, fiches use-case) réduisent les frictions et accélèrent les déploiements. Le DPO peut sponsoriser une communauté de pratique IA/Privacy pour capitaliser et partager les retours d’expérience.


Perspective 2025 : vers une normalisation des pratiques

L’enquête CNIL 2025 devrait nourrir une convergence des pratiques et un socle d’exigences opérationnelles commun aux DPO. Les organisations gagnantes seront celles qui industrialisent l’« accountability IA », avec des artefacts de preuve clairs, des processus reproductibles et des arbitrages documentés, tout en conservant l’agilité nécessaire à l’innovation.


Quelques pistes pour l’intégration opérationnelle dans votre dispositif :

  • Établir un inventaire IA unifié avec le registre RGPD, incluant jeux d’entraînement, modèles, fournisseurs et transferts.
  • Standardiser un template de DPIA IA, des seuils d’acceptation et un workflow de revue DPO/Risques/Sécurité.
  • Négocier des clauses IA types avec les fournisseurs (effacement, audit, usage secondaire, sécurité, SLA, assistance droits).
  • Mettre en place des contrôles de supervision humaine, des journaux d’audit et des tests d’attaque récurrents.
  • Former les équipes métier/data aux fondamentaux Privacy-by-Design appliqués à l’IA et à la gestion des droits.
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