Le Comité européen de la protection des données (EDPB) publie un « Report on International Data Protection Enforcement Cooperation » qui dresse un état de l’art des mécanismes de coopération entre autorités de protection des données (APD) au-delà de l’UE, identifie les défis opérationnels et propose des pistes d’amélioration. Cet article, pensé pour des compliance officers francophones expérimentés, décrypte les apports pratiques de ce rapport pour les dispositifs de conformité RGPD, notamment pour les groupes internationaux, les acteurs du cloud, de la fintech et de la santé.
L’EDPB, pivot de l’application cohérente du RGPD en Europe, analyse ici la coopération d’enquête et de sanction à l’international, c’est‑à‑dire entre autorités qui n’opèrent pas toutes sous le même cadre juridique (RGPD, lois nationales hors UE, accords bilatéraux). Au-delà du « one‑stop‑shop » intra‑UE, la coopération internationale devient déterminante face aux chaînes de traitement globalisées, aux transferts de données et aux fournisseurs extraterritoriaux.
Le rapport couvre notamment : les bases juridiques de l’échange d’informations entre autorités, les canaux et formats de coopération (entraide, task‑forces, memoranda of understanding), les contraintes de confidentialité/procédures contradictoires, la compatibilité des pouvoirs d’enquête et de sanction, ainsi que les obstacles pratiques (fuseaux horaires, langues, ressources, calendriers procéduraux divergents).
1) Anticiper la multi‑juridiction : cartographier précisément les flux et localisations des sous‑traitants pour identifier les APD potentiellement compétentes hors UE.
2) Documenter la coopération : prévoir dans votre Playbook Incident Privacy des sections dédiées à la coopération avec des autorités non‑UE (points de contact, délais, canaux sécurisés).
3) Maîtriser la confidentialité : aligner les clauses contractuelles et les protocoles internes sur les exigences de secret des enquêtes et de préservation de la preuve.
4) Harmoniser les preuves : adopter des standards de conservation/extraction compatibles avec plusieurs cadres (logs, chaînage d’horodatage, hachage).
5) Préparer le multilingue : disposer de versions anglaises/françaises des politiques et registres, et d’un glossaire de termes techniques et juridiques partagés.
6) Gérer les transferts : relier les mécanismes de transfert (Clauses Contractuelles Types, BCR, dérogations) au plan de coopération transfrontière, y compris les évaluations TIA.
7) Synchroniser les délais : créer un calendrier maître des notifications/besoins d’information par juridiction et par autorité contactée.
8) Intégrer la sécurité de l’information : sécuriser les échanges avec les autorités (chiffrement, canaux dédiés) et tracer l’accès aux dossiers partagés.
9) Anticiper la presse : définir une stratégie de communication compatible avec les obligations de confidentialité des autorités participantes.
10) Auditer les prestataires : exiger des sous‑traitants critiques des engagements spécifiques de coopération avec les APD et une réactivité mesurable (SLA).
Le rapport met en avant différents instruments possibles : accords de coopération bilatéraux entre autorités, réseaux internationaux, groupes de travail thématiques et échanges encadrés d’informations. Selon les juridictions, les bases juridiques varient (lois nationales de procédure administrative, dispositions sectorielles, textes spécifiques de protection des données) mais convergent vers des principes communs : finalité d’application de la loi, proportionnalité, sécurité et confidentialité. Pour les organisations, cela implique de pouvoir fournir rapidement des informations fiables et minimisées, et de démontrer la licéité des transferts nécessaires à la coopération, y compris lorsqu’une autorité hors UE sollicite des données.
Les divergences de pouvoirs (perquisitions, ordonnances, injonctions), les seuils probatoires hétérogènes et les calendriers procéduraux non alignés ralentissent les enquêtes conjointes. Les contraintes linguistiques et de fuseau horaire compliquent les réponses rapides aux demandes d’information. En pratique, la mise en place de runbooks multijuridictionnels, de banques de modèles de réponses et d’un centre de compétences interne (Privacy PMO) améliore significativement la prévisibilité et la qualité des interactions avec les autorités.
La coopération d’application et la gouvernance des transferts s’influencent mutuellement. Un dossier solide repose sur : des TIA actualisées, une cartographie précise des flux, des Clauses Contractuelles Types dûment complétées, des mesures complémentaires techniques (chiffrement de bout en bout, gestion des clés, pseudonymisation) et organisationnelles (contrôles d’accès, journaux). L’entreprise doit documenter comment ces mesures permettent de répondre aux exigences d’informations qui pourraient émaner d’autorités étrangères, tout en respectant les limites du RGPD et la confidentialité des enquêtes.
Le DPO pilote la relation avec les autorités, appuyé par : Sécurité SI (mesures techniques et canaux sécurisés), Juridique (bases juridiques, privilèges, contrats), Compliance (contrôles internes, registres), Forensic/IT (collecte des preuves), Communications (messages externes), et les Métiers (contexte opérationnel). Un RACI spécifique aux coopérations internationales clarifie qui prépare, qui valide et qui signe. Les comités de crise doivent intégrer un volet « demandes d’autorités étrangères ».
Suivez des KPI/KRI dédiés : délais moyens de réponse par autorité, taux de complétude des dossiers, nombre de demandes redondantes, incidents de confidentialité, écarts aux SLA prestataires, maturité TIA. Intégrez ces mesures au plan d’audit interne et au rapport au Comité des risques.
– Cloud et SaaS : centraliser les preuves d’architecture et de sécurité, préparer des schémas de flux exportables et signer des annexes de coopération avec les hyperscalers.
– Finance et paiement : aligner les obligations RGPD avec celles de l’ACPR/AMF, et prévoir la gestion des conflits de lois en matière de secret professionnel et d’enquêtes financières.
– Santé : procédures renforcées de dé‑identification et encadrement des entrepôts de données de recherche multicentriques.
– Industrie : gouvernance des IoT, jumeaux numériques et données d’observation, avec traçabilité granulaire et minimisation.
À 90 jours : actualiser la cartographie des transferts et les TIA, établir un protocole de coopération inter‑autorités, constituer un kit de réponse (modèles, canaux, FAQ). À 180 jours : tester un exercice de simulation (« tabletop ») multijuridictionnel, contractualiser des engagements prestataires, déployer un coffre‑fort probatoire. À 12 mois : intégrer des KPI au tableau de bord risques, auditer les pratiques et ajuster les mesures techniques (chiffrement, clés localisées, anonymisation).
Le rapport de l’EDPB confirme que la coopération internationale est désormais une dimension structurelle de la conformité data. Les organisations qui industrialisent leurs capacités de coopération – juridiques, techniques et opérationnelles – réduisent les risques de non‑conformité, accélèrent les enquêtes et renforcent la confiance des régulateurs.
– Formaliser un Playbook de coopération internationale (points de contact, canaux sécurisés, délais, modèles).
– Mettre à jour les TIA et les registres de traitements avec une cartographie précise des transferts et des sous‑traitants.
– Exiger des SLA de coopération et de conservation de preuves auprès des prestataires critiques.
– Organiser un exercice « tabletop » multijuridictionnel et mesurer les délais de réponse réels.
– Mettre en place des KPI/KRI dédiés et les intégrer au plan de contrôle interne et au reporting risques.

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