
Le 6 février 2026, la Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) a publié une communication intitulée « Sanction administrative du 6 février 2026 ». Bien que le détail des manquements, des assujettis concernés et du montant de la sanction doive être consulté directement sur la page officielle de la CSSF, cet article propose une analyse opérationnelle structurée pour des compliance officers expérimentés opérant au Luxembourg et, par extension, dans l’UE. Nous présentons le cadre juridique applicable aux sanctions CSSF, les typologies de manquements habituellement constatés (LCB/FT, gouvernance, contrôle interne, reporting prudentiel, MiFID II, protection des investisseurs, ICT/OpRes), la méthodologie d’enquête et de sanction, ainsi que les attentes renforcées en matière de remédiation et de traçabilité. L’objectif est de transformer une décision de sanction en feuille de route pragmatique, actionnable et auditable.
La CSSF exerce ses missions de surveillance et de sanction sur la base du droit luxembourgeois transposant les règlements et directives européens (MiFID II/MiFIR, UCITS/AIFMD, CRD/CRR, PSD2, MAR, ainsi que les cadres LCB/FT alignés sur les directives AML). À ce titre, la CSSF dispose d’un éventail de mesures graduées : avertissements, injonctions et plans de remédiation, sanctions pécuniaires, publication des décisions (naming and shaming) sous conditions, ainsi que des mesures spécifiques comme des interdictions temporaires exercées à l’encontre de dirigeants. Les décisions publiées mettent l’accent sur la proportionnalité (gravité, durée, impact client/marché), la coopération des entités et la qualité de la remédiation.
Les sanctions CSSF publiées ces dernières années révèlent des récurrences utiles pour la prévention :
1) LCB/FT et Sanctions financières
— Faiblesses de la cartographie des risques (méthodologie, granularité sectorielle/géographique, facteurs aggravants PEP/UBO, scoring clients incohérent).
— Diligences KYC incomplètes ou non réactualisées (UBO, source des fonds, EDD insuffisants, documentation expirée).
— Filtrage des listes de sanctions/PEP/adverse media mal paramétré (seuils, faux négatifs, délais de revue).
— Surveillance des transactions (scénarios non calibrés, seuils trop élevés, backlogs d’alertes, absence d’analyse de qualité et de rationales).
— Délais et qualité des déclarations TRACFIN/SIU nationales compétentes (au Luxembourg, CRF / Cellule de Renseignement Financier) et des rapports au management/Conseil.
2) Gouvernance et contrôle interne
— Indépendance, mandat et moyens des fonctions de contrôle (Compliance, Risk, Audit interne) insuffisants.
— Rapports au Conseil (Board) et comités non étayés, absence d’indicateurs de risques clés (KRIs), de suivi de remédiation (CAPA tracking) et d’Issue Management robuste.
— Modèle 3 lignes inopérant (confusion des rôles, absence de challenge effectif, délégations non contrôlées).
3) Protection des investisseurs / MiFID II
— Gouvernance des produits (target market, scenario analysis, tests d’adéquation/pertinence) lacunaire.
— Gestion des conflits d’intérêts (cartographie, disclosures, contrôles ex post) et rémunérations non alignées sur les intérêts des clients.
— Best execution, coûts et frais, information claire et non trompeuse.
4) Reporting prudentiel et transparence
— Inexactitudes COREP/FINREP, retards de soumission, contrôles de qualité des données insuffisants.
— Défaillances dans les reportings UCITS/AIFMD et MAR (insider lists, sondages de marché, détection/notification d’abus).
5) Risques ICT et résilience opérationnelle
— Gouvernance ICT, gestion des incidents majeurs, tests de pénétration, revue des accès, et supervision des prestataires critiques (outsourcing/Cloud) insuffisantes, à mettre en perspective avec DORA.
La CSSF s’appuie sur : (i) des inspections sur place et sur pièces, (ii) des demandes d’informations ciblées, (iii) l’analyse des reportings réglementaires, incidents et réclamations, (iv) la surveillance thématique. En cas de manquements, l’autorité peut déclencher une procédure contradictoire (droits de la défense, observations écrites, auditions) avant la décision finale. Les publications tiennent compte des éléments confidentiels, des coopérations et des remédiations en cours. La publication vise l’exemplarité et la prévention.
La CSSF attend : une analyse de cause racine (RCA) objectivée ; un plan d’actions priorisé, daté, budgété ; un renforcement des ressources et outils (y compris la qualité des données) ; une traçabilité des décisions de gouvernance ; un reporting régulier au Board ; des contrôles renforcés et tests d’effectivité. Les dispositifs de remédiation doivent être mesurables (KPIs/KRIs), audités et soutenus par un « tone from the top » clair.
En consultant la décision officielle, vérifiez : le périmètre réglementaire (MiFID/UCITS/AIFMD/CRD/PSD2/LCB-FT), la période des faits, les fonctions impliquées, la matérialité des impacts clients/marché, le quantum pécuniaire, et les exigences de remédiation imposées. Mettez en perspective les enseignements avec votre profil de risques et votre modèle opérationnel (business model, externalisations, segments clients, chaînes de données).
— Renforcer la gouvernance (rôles, chartes, comités, RACI) et documenter systématiquement les décisions et exceptions.
— Opérer une revue 360° LCB/FT : méthodologie de risque, KYC/EDD, TM, screening, levée des alertes, qualité des SAR/CRF, formation et culture du risque.
— Recalibrer les scénarios de surveillance, backtesting, seuils, modèles, et mettre en place des contrôles de second niveau sur la qualité des alertes.
— Tester l’adéquation/pertinence MiFID II, la gouvernance produits et le dispositif de conflits d’intérêts, y compris les incitations.
— Assurer l’intégrité et l’exactitude des reportings, avec contrôles de réconciliation et piste d’audit des corrections.
— Aligner ICT/OpRes avec DORA : inventaire des actifs, PRA/PCA, tests de résilience, gestion des tiers critiques, gestion des incidents et communication réglementaire.
La « Sanction administrative du 6 février 2026 » publiée par la CSSF est une opportunité pour renforcer votre dispositif de conformité, fiabiliser vos reportings et consolider la gouvernance. En capitalisant sur les attentes et pratiques de la CSSF, les fonctions Compliance peuvent piloter des remédiations efficaces, mesurables et pérennes.
— Lancer un gap analysis ciblé vs. exigences mises en avant par la CSSF et formaliser un plan d’actions daté (RACI, budget, jalons).
— Revoir la cartographie des risques LCB/FT et la gouvernance produits MiFID II avec recalibrage des contrôles clés.
— Renforcer les contrôles de second niveau sur KYC, TM, screening, best execution et reporting réglementaire (échantillonnage, QA/QC).
— Structurer un reporting trimestriel au Board intégrant KPIs/KRIs, état des remédiations et incidents majeurs.
— Tester la résilience ICT selon DORA (scénarios, tests, gestion des tiers) et documenter la chaîne de décision.

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