
Le 14 janvier 2026, la Présidente de l’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (AMLA), Bruna Szego, a été auditionnée conjointement par les commissions ECON (Affaires économiques et monétaires) et LIBE (Libertés civiles, justice et affaires intérieures) du Parlement européen. Cette intervention s’inscrit dans la phase décisive de montée en puissance opérationnelle d’AMLA, pilier de l’EU AML/CFT Package. Pour les compliance officers francophones, cette étape éclaire les priorités de supervision directe, les standards techniques, la coordination transfrontalière, ainsi que les exigences de gouvernance et de contrôle interne qui irrigueront les dispositifs LCB/FT à partir de 2026.
L’audition souligne cinq axes structurants : (1) la supervision directe d’entités financières à haut risque transfrontière par AMLA, (2) l’harmonisation par standards techniques européens et lignes directrices, (3) la convergence des pratiques de supervision nationales via des revues par les pairs et des plans correctifs, (4) l’interopérabilité data entre autorités (AMLA, FIU nationales, ESAs) et (5) un agenda de priorités thématiques couvrant KYC, bénéficiaires effectifs, sanctions financières ciblées, et surveillance des risques émergents (crypto-actifs, paiements instantanés, plateformes).
Les groupes bancaires, prestataires de services de paiement, sociétés de gestion et acteurs crypto opérant dans plusieurs États membres doivent anticiper une granularité de contrôle accrue sur : la cartographie des risques consolidée, les frameworks de données (qualité, traçabilité, partage sécurisé), l’efficacité opérationnelle de la détection (scénarios, seuils, modèle de scoring), et la réactivité aux mesures restrictives. AMLA favorisera une convergence intra-UE des seuils d’appétence au risque et des pratiques de remédiation, avec une attention aux dispositifs de seconde ligne (indépendance, ressources, outillage) et aux preuves d’effectivité (KPI, KRI, dossiers d’alerte, temps de traitement).
Le calendrier d’AMLA annonce des schémas communs de données et des exigences renforcées de qualité, ce qui induit pour les institutions : des investissements dans la gouvernance data, la normalisation des champs KYC/UBO, des contrôles de cohérence, et la capacité à produire des reportings transfrontières consistants. Les interactions avec les FIU nationales devraient s’appuyer sur des canaux harmonisés, réduisant la fragmentation actuelle des formats de déclaration et facilitant l’analyse stratégique des tendances.
Au cœur des échanges avec ECON & LIBE, plusieurs thèmes structurent l’agenda 2026 : identités numériques fiables et vérification à distance, transparence des bénéficiaires effectifs et accès effectif aux registres, sanctions financières ciblées (gel/détection/écrêtage d’alertes), risques crypto sous MiCA et Travel Rule, et résilience des chaînes de paiement instantané. Les programmes LCB/FT devront intégrer des contrôles ex ante renforcés, des contrôles ex post orientés efficacité, ainsi que des capacités d’escalade décisionnelle documentées.
AMLA prévoit une coopération étroite avec les autorités nationales, les autorités européennes (EBA, ESMA, EIOPA) et les FIU. Cette convergence se traduira par des inspections conjointes, des priorités de surveillance partagées, et des plans de remédiation coordonnés. Les établissements transfrontières doivent se préparer à des missions plus fréquentes et mieux ciblées, avec une exigence accrue de traçabilité des décisions de conformité et des arbitrages risque/activité.
La pression réglementaire appelle un renforcement des équipes LCB/FT en analytics, ingénierie de données, tuning de modèles, contrôle qualité et sanctions. Côté outillage, l’accent est mis sur la traçabilité des modèles, l’explicabilité des scénarios, l’auditabilité, et l’intégration de signaux externes (listes, registres, bases commerciales) dans un graphe relationnel robuste. Des tests de robustesse et des revues indépendantes périodiques seront attendus.
La gouvernance des modèles de détection devra démontrer : inventaire exhaustif, ownership clair, cycle de vie documenté, validations indépendantes, suivi de dérive, gestion des biais, et backtesting. L’efficacité se mesurera par des indicateurs de précision (ratio alertes pertinentes), de délai de traitement, et d’impact sur les déclarations aux FIU. AMLA encouragera la comparabilité des métriques pour favoriser la convergence.
À la suite de l’audition, AMLA doit préciser son périmètre de supervision directe, ses priorités thématiques, ainsi que le phasage des standards techniques applicables. Les établissements ont intérêt à engager dès maintenant des diagnostics de gap analysis, un plan de convergence des données, et une feuille de route de remédiation pluriannuelle, pour aligner gouvernance, processus et technologie sur les attentes européennes.

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