
La Commission de Surveillance du Secteur Financier (CSSF) a publié une sanction administrative en date du 23 juillet 2025. Cette décision s’inscrit dans la continuité du cadre luxembourgeois de surveillance prudentielle et de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB/FT), ainsi que des exigences de gouvernance et de contrôle interne applicables aux établissements régulés. Pour les compliance officers expérimentés, cette publication constitue un repère opérationnel : elle confirme les attentes de la CSSF en matière d’organisation, de dispositif de contrôle interne, de documentation et de traçabilité, ainsi que de remédiation proportionnée et documentée lorsque des écarts sont constatés.
Au-delà du quantum de sanction, l’intérêt majeur réside dans la granularité des manquements et dans la précision des mesures correctrices exigées. Les enseignements sont transposables aux banques, sociétés de gestion, PSF, établissements de paiement et de monnaie électronique, y compris lorsque des fonctions sont externalisées au Luxembourg ou à l’étranger. La décision rappelle enfin l’importance de la responsabilité du conseil d’administration et de la direction effective (management body) dans la supervision des fonctions clés, en particulier Compliance et Risk Management.
La CSSF fonde ses contrôles sur un corpus qui articule le droit européen et les normes luxembourgeoises : LCB/FT, gouvernance, contrôle interne, aptitude et honorabilité, et obligations de reporting prudentiel. Les exigences récurrentes portent sur : l’évaluation des risques (risk assessment) exhaustive et dynamique, la classification des clients (risk-based approach), la due diligence standard et renforcée (KYC, UBO, monitoring), la qualité des alertes et leur traitement, la conservation des données et l’audit trail, la formation des équipes, la robustesse des politiques et procédures, et la supervision par le management body. La CSSF attend une articulation claire entre politiques, procédures, outillage technologique et contrôles de premier, deuxième et troisième niveaux, documentée et testée périodiquement. La proportionnalité n’exonère pas : elle ajuste les moyens, pas les obligations.
Les décisions récentes mettent en avant des carences récurrentes : cartographie des risques LCB/FT incomplète ou non mise à jour, scénarios de surveillance des transactions (TM) mal calibrés, alertes non investiguées dans les délais, documentation KYC lacunaire (pièces expirées, UBO non vérifié, profilage économique incohérent), PEP et sanctions screening incomplets, gestion des seuils d’appétence au risque non formalisée, délégations insuffisamment encadrées, contrôles de 2e niveau trop déclaratifs, plan de remédiation non priorisé ni suivi par des KPIs, et reporting au board trop agrégé pour permettre une supervision effective. S’ajoutent des déficits de formation, d’audit trail et de conservation des preuves, ainsi que des faiblesses de tests d’efficacité des contrôles.
La sanction du 23 juillet 2025 illustre que la CSSF privilégie les mesures proportionnées et l’effet dissuasif. Les organisations ayant une gouvernance active, un plan de remédiation réaliste, traçable et vérifié, et un reporting franc et complet atténuent le risque de sanction. À l’inverse, l’absence de pilotage par le management body, le défaut de priorisation des risques et la sous-dotation fonctionnelle ou technologique aggravent la position de l’établissement. Les meilleures pratiques incluent un risk assessment vivant, l’industrialisation du KYC et du TM, le data lineage sur les indicateurs, des revues périodiques indépendantes, et des stress tests de scénarios LCB/FT et de continuité opérationnelle.
Pour les banques, sociétés de gestion, PSF et établissements de paiement, l’impact est immédiat : renforcer la boucle RCSA–contrôles–incidents–remédiation, documenter chaque arbitrage, et aligner l’architecture des données avec les exigences de traçabilité. Les fonctions Compliance doivent orchestrer un programme pluriannuel mêlant quick wins (mise à jour KYC, backlogs d’alertes, alignement des listes de sanctions) et chantiers structurants (refonte de la cartographie des risques, recalibrage des scénarios TM, gouvernance data, montée en compétence). La coordination avec l’audit interne et le Risk Management est clé pour objectiver l’efficacité des remèdes.
La CSSF valorise la transparence : un dialogue régulier, des livrables précis et datés, un plan d’action chiffré et réaliste. Le suivi doit inclure des jalons, des KPIs, la preuve des tests, et une attestation du management body. Les évolutions réglementaires (mise à jour des orientations ESMA/EBA pertinentes et transpositions nationales) doivent être monitorées et intégrées dans la gouvernance des politiques, avec des revues au moins annuelles et à chaque événement déclencheur (entrée sur un nouveau marché, nouvelle typologie de produit, incident majeur, signalement interne).
– Mettre à jour la cartographie des risques LCB/FT et de conformité ;
– Réviser KYC, UBO, PEP, sanctions screening ;
– Recalibrer les scénarios TM et documenter les rationales ;
– Renforcer la 2e ligne (ressources, outillage, procédures) ;
– Instaurer un reporting board granulaire avec seuils d’appétence ;
– Assurer la formation et la traçabilité ;
– Planifier des tests indépendants et remédiations closes par evidence.
• Prioriser un plan d’action trimestriel adossé à des KPIs et preuves de tests ;
• Résorber le backlog KYC/alertes et instaurer un contrôle continu qualité des données ;
• Revoir la gouvernance des politiques et la responsabilité du management body ;
• Outiller le TM et le screening avec des seuils justifiés et revus semestriellement ;
• Mettre en place un audit trail centralisé et des revues indépendantes annuelles.

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