EBA : consultation sur la simplification du risque de crédit

Christophe BARDY - GRACES community
11/2/2026
Propulsé par Virginie
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EBA : consultation pour simplifier le cadre du risque de crédit — enjeux et impacts pour les établissements européens



L’Autorité bancaire européenne (EBA) a lancé une consultation publique visant à simplifier et à clarifier des pans clés du cadre prudentiel du risque de crédit. Cette initiative s’inscrit dans la continuité de son mandat d’harmonisation prudentielle et de proportionnalité au sein de l’Union européenne. Pour les établissements assujettis au CRR/CRD, les évolutions esquissées touchent notamment la granularité et la clarté des exigences standardisées (approche SA-CR), la réduction de la complexité opérationnelle dans la gestion des expositions, l’harmonisation de certaines définitions et traitements, ainsi que l’amélioration de la comparabilité entre banques. Pour les équipes conformité, risques et contrôle interne, les enjeux portent sur la robustesse des référentiels de données, l’alignement des politiques d’octroi et de suivi, la refonte des cartographies d’expositions et l’adaptation des reportings prudentiels.


Contexte et objectifs de la consultation

L’EBA poursuit deux finalités complémentaires : d’une part, alléger des complexités qui freinent la mise en œuvre et créent des divergences d’interprétation au sein de l’UE ; d’autre part, renforcer la lisibilité et la comparabilité des exigences applicables aux expositions de crédit. Le chantier vise aussi à mieux opérationnaliser la proportionnalité pour les établissements de tailles et de profils de risques variés, sans affaiblir la solidité prudentielle. La consultation couvre des clarifications techniques et des simplifications ciblées qui devraient limiter les frictions d’exécution (process, systèmes, reporting) et réduire certains coûts de conformité récurrents.


Périmètre technique pressenti

Le travail de simplification se concentre sur des concepts et mécanismes structurants du risque de crédit. Sans prétendre à l’exhaustivité, l’EBA cible typiquement : (i) des définitions et catégorisations d’expositions donnant lieu à des hétérogénéités de traitement ; (ii) des règles de pondération complexes ou redondantes au regard d’autres garde-fous prudentiels ; (iii) des points de friction entre référentiels de données réglementaires et usages de gestion internes ; (iv) des exigences documentaires dont la granularité ne reflète pas toujours la matérialité des risques ; (v) l’articulation opérationnelle des critères d’éligibilité des techniques d’atténuation du risque (CRM) et la preuve associée.

Au-delà des exigences micro-prudentielles, l’EBA vise une amélioration de la comparabilité interbancaire et de la capacité de supervision à lire les profils de risques de manière plus cohérente, notamment via des clarifications de scope, de hiérarchie des traitements et d’options nationales.


Approche standardisée (SA-CR) : quelles simplifications attendues ?

Les établissements utilisant l’approche standardisée sont particulièrement exposés aux arbitrages et chocs de complexité liés aux multiples catégories d’expositions, aux notions de garanties/contre-garanties, d’expositions retail/corporate/immobilières, et aux règles d’attribution des pondérations. Les pistes de simplification incluent :

1) Clarification des catégories et sous-catégories d’expositions : réduire les zones grises (p. ex., expositions PME avec sûretés réelles immobilières versus prêts immobiliers professionnels) afin de favoriser une attribution de pondération plus directe et moins sujette à interprétation.

2) Allègement des croisements de critères : limiter les cas où plusieurs critères s’entrecroisent (taille, notation externe, nature de la sûreté, finalité du prêt, granularité du pool), pour éviter les doubles contraintes et resynchroniser la chaîne données—décision—reporting.

3) Techniques d’atténuation du risque (CRM) : standardiser davantage la hiérarchie des preuves documentaires, la qualification des garants éligibles, le « look-through » et l’application des décotes, afin de réduire les écarts d’exécution et le risque de non-conformité documentaire.

4) Immobilier et LTV : préciser des règles de calcul de la LTV et des conditions d’éligibilité des sûretés immobilières, avec un accent sur la fréquence/qualité des valorisations et la traçabilité des hypothèses pour renforcer l’objectivité et la comparabilité.

5) Expositions retail et PME : clarifier les seuils de granularité, l’identification des groupes de clients liés et le traitement des cartes/renouvelables pour limiter les effets de bord sur les pondérations et les métriques de risque.


Articulation avec l’IRB et la proportionnalité

La consultation n’ignore pas l’écosystème IRB : même si le cœur du chantier est la simplification du standardisé, la cohérence entre SA-CR et IRB est centrale pour éviter les discontinuités de RWA. Les clarifications peuvent : (i) affiner les passerelles entre paramètres IRB et planchers/plafonds de capital ; (ii) préciser l’usage des méthodes de substitution (p. ex., pour des segments en sortie IRB) ; (iii) réduire l’arbitrage réglementaire indu en harmonisant les définitions de défaut, de forbearance et de NPE là où pertinent.

Sur la proportionnalité, l’ambition est de calibrer la charge documentaire et opérationnelle à la matérialité des risques et à la taille/complexité des établissements, tout en assurant un socle commun robuste de contrôles et de données de référence.


Conséquences opérationnelles et de conformité

Pour les directions conformité, risques et finance, l’impact de la consultation se décline en :

Gouvernance et politiques : mise à jour coordonnée des politiques d’octroi, de collatéral, de classification des expositions, des règles de mapping aux catégories prudentielles, et des politiques de données (data ownership, data quality, data lineage).

Data et IT : adaptation des dictionnaires de données, des contrôles de qualité (completeness, accuracy, timeliness), des logiques d’enrichissement, des moteurs d’allocation de pondération et des « rules engines » CRM. Backtesting des impacts RWA et rebasage des seuils d’appétence au risque.

Reporting prudentiel : recalibrage des extractions COREP/FINREP, documentation des hypothèses et re-segmentation des portefeuilles. Anticipation des ajustements de contrôles internes de second niveau et d’audit périodique.

Conduite du changement : formation ciblée des équipes crédits, risques, conformité et recouvrement. Communication au management et aux comités risques sur les métriques d’impact et la trajectoire de mise en œuvre.


Interactions avec d’autres cadres (NPE, forbearance, IFRS 9)

La simplification du cadre crédit ne s’opère pas en silo : la lisibilité accrue des définitions et catégorisations peut améliorer l’alignement avec les statuts NPE, les règles de forbearance et les indicateurs de détérioration significative de crédit (IFRS 9). Une taxonomie plus claire peut réduire les reclassements tardifs, renforcer la cohérence entre pertes attendues et exigences de fonds propres, et fluidifier les contrôles de cohérence entre comptable et prudentiel.


Chantiers de mise en conformité recommandés

Dans l’attente des textes définitifs, il est pertinent de :

1) Lancer un diagnostic d’impacts RWA et data lineage ciblé sur les catégories d’expositions et CRM susceptibles d’être clarifiées ; 2) Établir une matrice d’écarts entre politiques actuelles et orientations de simplification ; 3) Hiérarchiser les quick wins IT/données pour sécuriser la bascule ; 4) Préparer le dossier de gouvernance (notes aux comités, plan de formation, revue des contrôles) ; 5) Anticiper la mise à jour des procédures de seconde ligne et des cartographies de risques opérationnels associées.


Calendrier et modalités de réponse à la consultation

Les établissements sont invités à contribuer de manière argumentée, avec des éléments chiffrés et des cas d’usage opérationnels illustrant : (i) les zones de complexité coûteuses ; (ii) les divergences d’interprétation entre juridictions ; (iii) les frictions data/IT/contrôle ; (iv) l’impact attendu sur la comparabilité et la stabilité des RWA. Une réponse structurée et étayée maximisera l’influence sur la version finale.


Conclusion : une opportunité de clarté et d’efficience

Cette consultation de l’EBA ouvre une fenêtre stratégique pour rendre le cadre du risque de crédit plus lisible, plus proportionné et plus efficace à gérer au quotidien. Les équipes conformité et risques qui anticipent méthodiquement les évolutions tireront un avantage opérationnel tangible au moment de la mise en œuvre, en sécurisant la trajectoire prudentielle et la qualité du pilotage des expositions.


Quelques pistes pour l’intégration opérationnelle dans votre dispositif :

  • Cartographier les catégories d’expositions et les CRM sensibles, avec un contrôle de qualité des données et un backtesting RWA ciblé.
  • Mettre à jour les politiques d’octroi, de collatéral et de classification, et formaliser une note de gouvernance pour les comités.
  • Adapter les moteurs d’allocation de pondération et les reportings COREP/FINREP, avec des contrôles de seconde ligne révisés.
  • Lancer un plan de formation court pour les équipes crédit/risque/conformité et un kit de communication managériale.
  • Préparer une réponse à la consultation EBA étayée par des cas d’usage et des métriques d’impact.
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