
Transparency International France (TIF) a récemment publié une note éclairante sur les bonnes pratiques de coopération entre services d’enquête et autorités anticorruption, un sujet crucial pour les équipes Conformité, LCB-FT, Forensic et Contrôle interne. Dans un environnement marqué par la multiplication des échanges d’informations (déclarations de soupçon TRACFIN, entraide judiciaire, coopération interrégulateurs) et par un cadre répressif qui se renforce, l’articulation opérationnelle entre autorités, cellules de renseignement financier et entreprises devient un facteur différenciant de maîtrise du risque.
Cette publication, relayée dans l’écosystème compliance, propose des axes de professionnalisation utiles pour les établissements financiers, sociétés cotées et tout acteur exposé aux risques de corruption, trafic d’influence, blanchiment et financement du terrorisme. Elle met en lumière les leviers d’efficacité de la coopération, les garde-fous pour la protection des données et des lanceurs d’alerte, ainsi que les conséquences pratiques pour les dispositifs internes de conformité.
Pour les Compliance Officers, l’efficacité d’un dispositif LCB-FT/anticorruption ne se mesure pas seulement au volume d’alertes ou au nombre de déclarations TRACFIN, mais à la qualité des informations échangées avec l’écosystème public et à la capacité à documenter, tracer et sécuriser ces échanges. La coopération inter-services est au cœur de trois priorités:
Sur la base des enseignements promus par Transparency International France et des attentes connues des autorités de contrôle (TRACFIN, AFA, PNF, AMF, ACPR, CNIL, ANSSI) dans leurs publications officielles, cinq axes structurent une coopération efficace:
Définir une cartographie claire des points de contact internes (LCB-FT, anticorruption, juridique, DPO, sécurité SI) et externes (TRACFIN, parquet spécialisé, AFA, AMF/ACPR, services d’enquête, autorités étrangères par le canal de l’entraide). Mettre en place un protocole de saisine, d’escalade, et de documentation (horodatage, finalité, base légale) pour chaque interaction sensible.
Normaliser les formats de transmission (fiches de synthèse, pièces, métadonnées, classification de sensibilité), vérifier l’exhaustivité des éléments contextuels (UBO, schéma transactionnel, juridictions, PEP, sanctions), assurer une piste d’audit complète. La traçabilité robuste réduit les contentieux ultérieurs et consolide l’« audit trail ».
Encadrer les flux d’informations par des bases légales documentées (LCB-FT, obligations de coopération, secret partagé), minimiser les données personnelles transmises, appliquer des contrôles d’accès et des mesures de chiffrement conformes aux recommandations de la CNIL et de l’ANSSI, et prévoir une durée de conservation alignée sur les obligations légales.
Aligner les dispositifs anticorruption (cartographie, évaluations tiers, contrôles cadeaux/invitations), LCB-FT (KYC, scénarios de détection, listes de gel) et intégrité des marchés (surveillance d’abus de marché) pour permettre une détection croisée. Les risques de corruption sont souvent liés à des flux financiers atypiques et, dans certains cas, à des comportements de marché anormaux; la coopération améliore l’efficacité globale du dispositif.
Garantir l’indépendance du canal d’alerte, l’interdiction des représailles, l’information des personnes concernées lorsque la loi le permet, et l’alignement avec le cadre français et européen. La confiance dans la chaîne de coopération repose sur la crédibilité du dispositif d’alerte interne.
Les établissements régulés (banques, assurances, prestataires de services de paiement, sociétés de gestion, marchés financiers) doivent concrétiser ces recommandations via:
Les coopérations inter-services peuvent être fragilisées par des incertitudes sur la base légale de certains échanges, des risques de sur-transmission de données, ou des divergences de pratiques entre autorités nationales et étrangères. Un dispositif robuste documente chaque choix, priorise la minimisation des données, et met en place des revues ex post.
La publication de Transparency International France contribue à clarifier des pratiques attendues et à élever le niveau d’exigence opérationnelle des fonctions Compliance. Pour les organisations exposées aux risques de corruption et de blanchiment, l’enjeu n’est plus seulement de « déclarer » mais de « coopérer » efficacement, de manière conforme, traçable et utile à l’action publique.

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