
Le 11 décembre 2025, la Haute Autorité de l’Audit (H2A) a organisé un débat en ligne consacré au rôle des comités d’audit. Cette initiative s’inscrit dans un contexte de transformation accélérée des attentes réglementaires, de sophistication des risques (cyber, données, durabilité, modèle d’affaires) et d’une exigence accrue de transparence envers les investisseurs et les parties prenantes. Pour les compliance officers, les responsables de contrôle interne et les secrétaires de conseil, ce rendez-vous marque une étape structurante : il confirme que le comité d’audit n’est plus seulement un « organe d’examen », mais un pivot de la maîtrise des risques, du reporting financier et extra-financier et de l’alignement entre stratégie, appétence au risque et dispositifs de deuxième et troisième lignes.
Ce compte-rendu analytique, destiné à des professionnels expérimentés de la conformité francophone, propose une grille de lecture opérationnelle : responsabilités clés du comité d’audit, articulation avec l’audit interne et l’expert-comptable/commissaire aux comptes, pilotage des risques émergents (cybersécurité, données, durabilité/CSRD), supervision des contrôles internes et du dispositif LCB/FT, qualité de l’information financière et extra-financière, ainsi que bonnes pratiques de fonctionnement et d’évaluation. Il est conçu pour transformer les enseignements du débat H2A en leviers concrets de performance et de conformité.
Le comité d’audit assiste le conseil d’administration ou de surveillance. Son périmètre couvre : la surveillance des processus d’élaboration de l’information financière, la revue des contrôles internes et de la gestion des risques, le suivi des travaux de l’audit interne, l’indépendance et la qualité de l’audit légal, ainsi que, de plus en plus, la supervision de l’information extra-financière. L’extension des exigences de durabilité et de cybersécurité repositionne le comité d’audit comme un intégrateur : il veille à la cohérence entre les cartographies des risques, l’appétence au risque, les reportings financier et extra-financier, et les priorités d’audit interne.
Les meilleures pratiques soulignent la nécessité d’un agenda annuel équilibré, d’un plan de travail adossé aux risques matériels, d’interactions régulières avec les fonctions risques, conformité, sécurité et DPO, et d’une évaluation périodique de l’efficacité du comité (compétences, indépendance, qualité des dossiers, qualité des débats, suivi des recommandations). La composition et les compétences sont déterminantes : expertise financière, compréhension des systèmes d’information et de la cybersécurité, maîtrise des exigences de durabilité (CSRD), connaissance des exigences LCB/FT et des sanctions internationales, et capacité à challenger la direction et les auditeurs en s’appuyant sur des indicateurs probants.
La première mission du comité d’audit demeure la garantie de l’intégrité des états financiers et des processus sous-jacents. La pression des marchés sur la prévisibilité et la qualité des résultats impose une revue attentive : hypothèses clés (tests de dépréciation, continuité d’exploitation), provisionnements (crédit, litiges, fiscalité), estimations sensibles (juste valeur, instruments financiers), consolidation, contrôles ITGC et contrôles automatisés. Le comité doit examiner le design et l’efficacité opérationnelle des contrôles, le plan d’audit interne sur les cycles critiques (ventes, achats, stocks, clôture), et la couverture par l’audit légal des zones d’estimation significatives.
Un point d’attention croissant est l’interdépendance entre SI financier et SI de gestion des risques : la traçabilité des données, la maîtrise des référentiels (clients, fournisseurs, produits), la gestion des accès et des habilitations, et la clôture rapide sécurisée. Les indicateurs de qualité des clôtures (taux d’anomalies, reprises d’écritures, incidents IT) et le suivi des retards de remédiation sur les recommandations critiques doivent alimenter les débats du comité.
L’extension de la CSRD et l’exigence d’assurance (limited puis reasonable assurance) sur les informations de durabilité placent le comité d’audit au centre d’un chantier transversal. Le comité doit s’assurer de l’existence d’un dispositif de contrôle interne et de gestion des risques appliqué au reporting de durabilité : gouvernance, processus, contrôles, systèmes, compétences, documentation et piste d’audit. La double matérialité requiert des arbitrages documentés et une articulation avec la stratégie et les plans d’investissement.
La qualité des indicateurs climatiques (scopes 1, 2, 3), sociaux et de gouvernance dépend d’un pilotage data rigoureux : sources, transformations, qualités, lacunes, incertitudes et hypothèses. Le comité doit challenger la robustesse des plans de collecte, l’intégrité des référentiels, et l’indépendance des prestataires de mesure. L’articulation avec l’audit interne est clé : intégration d’audits thématiques (ESG data governance, contrôle interne durabilité), priorisation selon la matérialité, et coordination avec l’auditeur externe pour éviter les angles morts.
La montée des incidents cyber et l’évolution des cadres de résilience exigent une approche structurée. Le comité d’audit doit disposer de tableaux de bord réguliers sur les risques cyber (menaces, incidents, vulnérabilités, temps de remédiation, tests de pénétration) et la résilience (plans de continuité, reprise d’activité, exercices de crise). Le lien entre cybersécurité et information financière/extra-financière est direct : indisponibilité des SI, perte de données, fraude, altération d’indicateurs de durabilité. La mise à l’agenda de sessions « deep dive » avec le RSSI, le DPO et l’audit interne permet de cartographier les risques matériels et d’aligner les plans d’audit et de remédiation.
Le comité doit s’assurer de la séparation des tâches, de la gestion des habilitations, de l’obsolescence technologique maîtrisée et de la surveillance des tiers critiques (cloud, infogérance, éditeurs). La mise en place d’indicateurs d’alerte précoce et de revues post-incident nourrit une amélioration continue, avec un focus sur la capacité à détecter, contenir et répondre.
Le caractère transversal des obligations LCB/FT et des régimes de sanctions impose une interaction étroite entre comité d’audit, fonction conformité et direction des risques. Le comité doit s’assurer que la cartographie des risques LCB/FT est à jour et alignée avec l’appétence au risque, que les contrôles de première et deuxième lignes couvrent les zones de risques (KYC, filtrage, surveillance des transactions, liste de sanctions), et que les systèmes génèrent des alertes pertinentes avec des faux positifs maîtrisés. Les audits internes sur KYC, alerting, qualité des données, revue périodique et gouvernance des modèles doivent être programmés et suivis avec un calendrier de remédiation réaliste et contraignant.
La multiplicité des régulateurs et des attentes (qualité des dossiers, conservation des preuves, traçabilité des décisions, registres) exige une documentation robuste. Le comité s’assure de la cohérence des politiques, des procédures et des formations, et de la capacité de la fonction conformité à challenger le business. Les incidents significatifs, les sanctions et les actions correctives font l’objet d’un reporting systématique et d’un suivi au niveau du comité.
Le comité d’audit approuve la charte d’audit interne, valide le plan pluriannuel fondé sur les risques, s’assure de l’indépendance et de l’adéquation des ressources, et évalue la qualité des missions (cadre méthodologique, tests, échantillonnage, assurance sur les contrôles, mesure de l’impact). L’alignement entre plan d’audit interne, cartographie des risques d’entreprise, priorités réglementaires et enjeux de transformation SI garantit la pertinence. Un tableau de bord de suivi des recommandations critiques et majeures, avec délais et responsables, doit être systématique, de même que l’analyse des retards et la mesure de l’amélioration des contrôles.
Les échanges à huis clos entre le président du comité et le directeur de l’audit interne, ainsi qu’avec l’auditeur externe, sont des pratiques essentielles pour capter les signaux faibles et traiter sans filtre les sujets de culture de contrôle, de pression sur les résultats ou d’éthique.
La surveillance de l’indépendance de l’auditeur légal demeure une responsabilité cardinale : cadre des services non audit, rotation, honoraires, gestion des conflits d’intérêts. Le comité doit interroger la qualité de l’audit : nature et étendue des procédures, analyse des risques significatifs, approche de l’échantillonnage, recours à des spécialistes (IT, actuariat, durabilité), constats et recommandations. Les zones d’attention typiques incluent les estimations sensibles, les contrôles ITGC, la fraude financière, la continuité d’exploitation, les provisions et l’information extra-financière lorsque l’assurance est requise.
La transparence des échanges, y compris les difficultés d’accès à l’information, les divergences de point de vue avec la direction et les points non résolus, doit être documentée et restituée au conseil.
Un comité efficace s’appuie sur : un calendrier annuel clair, des dossiers envoyés en amont, un ordre du jour fondé sur les risques, un suivi des actions, des sessions thématiques, des huis clos avec l’audit interne et l’auditeur externe, et une évaluation annuelle. Les procès-verbaux doivent refléter les débats, les décisions et les motifs. Les indicateurs d’efficacité incluent : le taux de réalisation du plan d’audit, le délai de remédiation des recommandations critiques, la stabilité des SI de contrôle, la réduction des incidents significatifs et l’amélioration des indicateurs de qualité des données.
La composition et la formation continue des membres sont un facteur de succès : mix d’expertises (finance, SI, cyber, data, durabilité, conformité), indépendance, diversité des profils, sensibilisation aux biais cognitifs, et temps suffisant pour l’exercice du mandat.
Le comité d’audit surveille la culture de contrôle et l’éthique : canaux d’alerte, protection des lanceurs d’alerte, traitement des signalements, enquêtes, sanctions disciplinaires, remédiations et communication interne. Il suit les indicateurs d’éthique (retours d’enquêtes, récurrence, délais de traitement) et la formation des populations à risque. Les liens avec le code de conduite, les politiques cadeaux et conflits d’intérêts et le contrôle de la conformité des tiers (due diligence) sont structurants.
La gouvernance des données est le socle commun : définitions, propriétaires, qualité, contrôles préventifs et détectifs, journalisation, traçabilité, accès, sécurité et cycles de vie. Les projets de transformation SI (ERP, consolidation, EPM, outils ESG, KYC, filtrage) doivent inclure des exigences de contrôles internes natives et des tests en amont. Le comité d’audit suit les risques de projets (coût, délai, qualité), la migration de données, les plans de bascule et la réversibilité des prestataires.
Les investisseurs attendent de la clarté sur l’appétence au risque, la matérialité des risques, la résilience opérationnelle et la crédibilité des plans de transformation. Le comité d’audit participe à la maturation du récit de contrôle interne et de gestion des risques, en cohérence avec les informations financières et extra-financières, ainsi qu’avec les engagements de durabilité. La transparence sur les limites, les incertitudes et les plans de remédiation renforce la confiance.
À la lumière du débat H2A du 11 décembre 2025, la feuille de route 2026 s’articule autour de cinq axes : 1) renforcer la gouvernance des données et l’assurance sur l’extra-financier ; 2) intensifier la supervision cyber et la résilience opérationnelle ; 3) aligner cartographies des risques, appétence et plans d’audit ; 4) accélérer la remédiation des recommandations critiques ; 5) professionnaliser l’évaluation du comité (compétences, indépendance, efficacité).
https://www.youtube.com/watch?v=DxOVx8Kb6Ec

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