
Le 2 février 2026, la Présidente de l’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (AMLA), Bruna Szego, a prononcé un discours d’ouverture lors de la conférence LCB/FT de la BaFin. Cette intervention éclaire la trajectoire opérationnelle de l’AMLA et ses priorités immédiates pour l’écosystème européen de conformité. Pour des compliance officers expérimentés, ces signaux sont déterminants : ils annoncent le futur « cadre commun d’exigences », la montée en puissance de la supervision directe sur certains établissements, l’harmonisation méthodologique de la supervision indirecte et la standardisation des échanges d’informations au sein de l’Union.
Le propos de Bruna Szego articule trois chantiers structurants : la mise en place de la supervision directe par l’AMLA sur un périmètre restreint mais systémique, la convergence des pratiques de supervision entre autorités nationales (dont la BaFin, l’ACPR, la CSSF, l’AMF, etc.), et l’industrialisation de la coopération et de la data LCB/FT à l’échelle européenne. En filigrane, l’AMLA prépare un « socle opérant » : critères d’identification des entités soumises à supervision directe, approche par les risques harmonisée, référentiels de données et mécanismes de coopération renforcés avec les CRF.
Les établissements transfrontières et groupes à exposition multi‑juridictionnelle doivent s’attendre à : (1) des standards communs de cartographie des risques et d’évaluation consolidée, (2) des attentes plus prescriptives en matière de gouvernance LCB/FT (troïka : Board oversight, three lines of defense, accountability), (3) une granularité accrue des exigences de données (KYC/KYB, UBO, déclencheurs d’alerte, effectiveness testing), et (4) un relèvement des attentes sur l’« effectiveness » plutôt que la simple conformité formelle.
L’AMLA n’efface pas le rôle des autorités nationales ; elle le rehausse par des méthodes communes, des revues thématiques EU‑wide et la capacité d’intervenir directement sur un sous‑ensemble d’entités. Pour les groupes, cela préfigure des programmes de remédiation où les plans d’action devront désormais satisfaire à un référentiel européen de preuves et d’indicateurs d’efficacité.
Le discours souligne la centralité de la donnée : qualité, traçabilité, interopérabilité et partage sécurisé. Les banques et PSP devraient accélérer la normalisation des taxonomies d’alertes, l’instrumentation des tests d’efficacité des scénarios de surveillance des transactions, et la capacité à exporter des « regulatory views » harmonisées pour les autorités nationales et l’AMLA.
La pression s’intensifie sur la gouvernance : compétences du Board en LCB/FT, indépendance et ressources de la Function Compliance, rôle de l’audit interne dans la validation des cadres E2E, et capacité de la deuxième ligne à piloter la performance (KRI, KPI d’efficacité). Les profils data‑compliance et les capacités de modélisation deviennent critiques.
À la suite de ce keynote, les établissements doivent anticiper des livrables AMLA (guidances, critères de sélection des supervised entities, modalités d’échanges d’informations). Un phasage « année 1 » pourrait couvrir : critères de supervision directe, canevas d’EU‑Thematic Reviews, premières attentes data, et clarifications sur la coopération avec les CRF nationales.
Le déplacement du curseur vers l’« effectiveness » expose davantage les institutions à des constats de carences structurelles (gouvernance, contrôle interne, surveillance). Les plans d’action devront articuler quick wins et refonte des fondations (data model, process, Operating Model LCB/FT).
Priorisez une revue gap‑analysis contre un référentiel AMLA émergent : risk assessment multi‑juridiction, scénarios de surveillance, KYC/KYB/UBO, screening, sanctions, reporting. Industrialisez la traçabilité et l’explicabilité : modèles, seuils, logique d’alerting, metrics d’efficacité. Renforcez la gouvernance et l’accountability du Board et du senior management.
Ce keynote confirme la marche vers une LCB/FT plus intégrée, basée sur des données robustes et une supervision au cordeau. Les établissements prêts à démontrer l’efficacité de bout en bout disposeront d’un avantage concurrentiel substantiel.

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